"L'Eglise est une secte qui a réussi" - Georges Dumesnil

Publié le par Michel Loiret

   Qu'est-ce qu'une secte ? Cette simple question, la première que doit se poser quiconque cherche à écrire sur le phénomène sectaire est cependant la plus complexe et la plus sujette à controverse, puisque cette question en amène une autre : Quelle est la différence entre une secte et une religion ? Je n'aurai pas la prétention de proposer une définition à part entière et englobant toutes les composantes du phénomène sectaire, mais je proposerai un ensemble de critères permettant, non pas de définir un groupe sectaire, mais plutôt de le décrire, de manière à ce que vous, lecteurs, puissiez vous forger votre propre idée de ce qu'est une secte.

 

    Il faut avant tout savoir que la définition de ce type de groupes varie diamétralement d'un Etat à l'autre, d'une culture à l'autre. On peut ainsi prendre pour exemple la différence de position entre les Etats-Unis, qui considèrent n'importe quel groupe se définissant lui-même comme religieux, comme une "nouvelle minorité religieuse" et la France,  dont la législation est particulièrement sévère sur ce sujet. Cela a d'ailleurs conduit les Etats-Unis, avec une certaine arrogance, il est vrai, à parler "d'une atmosphère d'intolérance envers les minorités religieuses en France" d' après le rapport de la première Commission d'enquête parlementaire (en 1996). De même, la Fédération Internationnale pour les Droits de l'Homme d'Helsinki estimait qu'on observait "une augmentation de l'intolérance et de la discrimination vis-à-vis des nouvelles minorités religieuses". Elle ajoute par ailleurs que le rapport de 1996 "a eu pour conséquence de faire circuler de fausses informations et d'inciter à l'intolérance religieuse". Ces mots très durs sont injustifiés : la Commission a en effet invité nombre de témoins (experts, sociologues, historiens des religions, anciennes victimes et même des représentants de groupes pouvant être considérés comme sectaires...) et a prudemment conclu son rapport sur une absence de définition précise d'une secte, ainsi qu'une liste de groupes ayant des pratiques totalitaires et liberticides et pouvant être qualifiés de sectaires.

 

   Cette absence de définition n'a pas évolué depuis ces quatorze dernières années. Au regard de la loi, les sectes ne sont toujours que des associations, régies comme toutes les associations par des règles de droit civil privé. La cause principale de cette absence de législation spécifique est la peur de porter atteinte à la liberté des croyances, et c'est pour cette raison qu'aucune des deux Commissions d'enquête parlementaires n'a établi de définition juridique. Il est ainsi paradoxal que l'Etat ayant la législation la plus dure  (avec notamment la loi About-Picard de 2001 qui augmente la répression des mouvements sectaires, donne aux maires la possibilité d'interdir à de telles personnes morales de s'établir près d'écoles, d'hôpitaux, ou de maisons de retraites,  et qui donne à la justice la possibilité de "dissoudre les personnes morales ayant pour but ou pour effet de créer ou d'exploiter la dépendance psychologique ou physique des personnes qui participent à ses activités"  -c'est ainsi ce qu'a évité la Scientologie lors de son procès en 2009), il est paradoxal, disais-je, que cet Etat n'ait pas de définition juridique clairement établie d'une secte.

   

    Les raisons de cette spécificité française sont  historiques. La laïcité en France s'est construite à partir d'un combat originel contre le cléricalisme : les régimes de la Révolution, ou encore la IIIè République sont effectivement fortement anti-cléricaux. Ainsi, l'infiltration supposée des sectes dans les rouages de l'admistration et du milieu politique est perçue comme un nouvel épisode de la lutte contre "l'invasion" du religieux dans la sphère publique et est un véritable motif d'indignation dans l'opinion.

 

   De cette notion française de la laïcité découle en fait  l'absence de définition précise quant aux phénomènes sectaires, par peur d'une stigmatisation. En effet, l'article 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen dispose que "nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses pourvu que leur manifstation ne trouble pas l'ordre public instauré par la loi." La constitution de 1958 déclare également que la République Française "respecte toutes les croyances". Dès lors, comment encadrer le phénomène sectaire par une loi sans empiéter sur la liberté fondamentale clairement établie, et propre à toute démocratie, qu'est la liberté religieuse ?

 

   Les sectes ont ainsi tout intérêt à se définir comme des religions, et c'est ce qu'elles font : elles se définissent par le terme, employé et accepté aux Etats-Unis et dans certains textes internationnaux (comme celui datant de 1996 de la Fédération Internationnale pour les Droits de l'Homme d'Helsinki, comme nous l'avons vu précédemment) de "nouveaux mouvements religieux" ou "nouvelles minorités religieuses". Ce type d'appelation suscite évidemment le malaise des grandes religions qui ont du mal à réagir à la baisse continuelle de la pratique religieuse en France, au profit de ces nouveaux courants, se revendiquant comme spirituels.

 

   Pourtant, les différences sont assez nettes entre secte et religion : la différence fondamentale est le but lucratif de la première. Les dons des croyants sont libres, et relativement mineurs, contrairement à la ponction opérée sur le compte en banque de l'adepte. De plus, il y a une relation totalitaire entre le gourou et l'adepte. Entrer dans une religion suppose une adhésion libre du croyant, et ne requiert ni obéissance  absolue à un chef, ni  séparation durable de sa famille et de ses amis. Enfin, le gourou ne croit généralement pas dans la thèse qu'il prêche.  La commission parlementaire de 1995 a ainsi développé l'idée que "la religion est à la secte ce que le costume est au théâtre."

 

    Voici pour finir quelques éléments qui permettent de décrire un groupe sectaire :

    • Une secte est un groupe dans lequel est pratiqué une manipulation mentale qui entraîne un endoctrinement, des violences psychiques et une allégeance inconditionnelle des adeptes.
    • Une secte est un groupe entraînant une destruction de l'individu sur le plan physique, psychique, intellectuel, relationnel, social...
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Que les sectes soit officielle ou non,c'est quand même des sectes!!!!
Répondre
J
Et si vous reprenez l'histoire,enfin la vraie,vous vous apercevrez que les religions abrahamiques ont été imposé avec violence aux peuples.<br /> Si elles étaient reelement la pour le bien des gens,elles n'auraient pas eues recours à toutes la violence qu'elles ont provoquees.<br /> En particulier le judaïsme et l'église catholique.<br /> Les religions se prétendent être les messagères de la paix et pourtant c'est par là violence,l'intimidation,la menace de mort...<br /> Qu'elles ont force les peuples à se convertir à elles.<br /> Je ne dis pas que tous l'on fait à cause de ces raisons,mais beaucoup oui <br /> C'est ce que l'on appelle "une contradiction "!?!<br /> Un message de paix et d'amour ne doit pas être imposer aux gens et surtout pas en utilisant leurs contraires.<br /> Autrement dit,elles ne sont peut-être pas ce qu'elles prétendent être en "ApparencE"!!!
Répondre
J
Leurs gourous se nomment(cures,imams,rabbins,papes,eveques...)
Répondre
J
Les religieux doivent absolument adhérer aux dogmes que leur impose leurs institutions religieuses respectives et votre que ces derniers sont véridiques.<br /> Sans avoir de preuves que telle ou telle chose mentionnées dans leurs écritures ou dites par leurs cures,imams et rabbins,ce soit reelement passe.<br /> Ils doivent croire bêtement que leur dogmes dit bien la vérité,mais ils n'ont pas le droit de le remettre en question <br /> Les religions c'est "croire que ce que je te dit est vrai,sans avoir de preuve,obeis a ce dogme ou si tu iras en enfer et ferme-la t'a pas le droit de remettre en question les croyances inculquées dans les dogmes.<br /> Ça n'est pas du tout spirituel,contrairement à ce que les religieux pourraient penses
Répondre
J
Ah,bon les religions ne détruisent pas les individus?<br /> Elles violent leurs pensées!<br /> Elles les empêchent de penser par eux-mêmes.<br /> Et pour cela,ils doivent suivre"les soi-disant livres saint"à la lettre.<br /> Ce qui a pour consequences qu'ils sont incapables de penser par eux-mêmes.<br /> Ça les encouragent à toujours chercher la solution à leurs problèmes à l'extérieur d'eux.<br /> Au lieu qu'ils aient suffisamment foi en eux-memes pour se dire qu'ils ont toutes les réponses dans leurs coeurs.
Répondre