"Nous avons moins besoin d'adeptes actifs que d'adeptes bouleversés" -Antonin Artaud.(N)
Après ces cinq jours de purification, je me sentais épuisé. Le peu de nourriture consommée, le sommeil sans cesse mis à l'épreuve, les innombrables pilules que j'ai dû avaler et l'eau glacée du lac m'avaient profondément affaibli. Je me consolais grâce à la proposition d'avancement que m'avait faites Bertrand, qui avait été témoin de ma persévérance et de ma ténacité face aux pénibles épreuves qu'avait enduré le groupe.
De retour dans ma nouvelle famille, Xavier m'assigna la tâche de recruter de nouveaux arrivants et me somma de commencer mon nouveau travail immédiatement. J'arrivai dans une pièce où était disposée une table, ainsi que deux chaises, l'une en face de l'autre. Comme j'étais récemment affecté à ce poste, un cadre m'évaluait discrètement. On frappa à la porte de la pièce où j'étais et un jeune homme entra. Il devait avoir la vingtaine d'années et semblait mal à l'aise. Je l'invitai à s'asseoir en face de moi. Au plus profond de mon être je voulais lui crier de fuir sur le champ, de ne pas s'approcher des sectes, que celles-ci finiront par causer sa perte. Toutefois, on m'épiait au coin du mur, l'évaluateur notait continuellement des mots sur son carnet et si je voulais réussir un jour à dénoncer les actions de la secte, il fallait que je fasse des sacrifices.
Je devais donc persuader ce jeune homme d'entrer dans la secte. J'engageai alors une conversation amicale, comme les membres de Communitas Lunae me l'avait conseillé, le but étant de le détendre et qu'il me fasse confiance. Il me révéla ses échecs, ses hontes et ses peurs, et de mon côté je le consolais en prenant un air peiné. Je lui proposai de faire une étude de sa graphologie, puis de sa personnalité elle-même. Il en était enchanté. Je le persuadai qu'il était quelqu'un d'extraordinaire et qu'il gâchait ses talents ; qu'avec nous, il progresserait plus efficacement dans ses différents travaux. Le garçon, maintenant ferré, ne possédait plus aucun mécanisme de défense et j'en profitai pour lui faire comprendre que tout ce qu'il avait pu apprendre durant sa vie n'était en fin de compte que des mensonges. Il ne me crut d'abord pas et en conséquence, je lui répétai toutes les déceptions qu'il m'avait dévoilé, au point de le faire pleurer. Je tirai profit de son désarroi : je fragilisai ce jeune homme qui l'était déjà . Mon âge me permis de dire que j'avais suffisamment d'expérience pour pouvoir affirmer que la secte allait lui être bénéfique. Je lui annonçai qu'il ferait partie d'une nouvelle famille qui l'aimerait bien plus que celle qu'il possédait auparavant. A la fin je le convains qu'il avait besoin de la secte, qu'il ne pourrait vivre sans, et que la souffrance perpétuelle qu'il endurait cesserait s'il nous rejoignait. Dès que le garçon fut remis de ses émotions, je retrouvai un visage chaleureux. Nous nous quittâmes en bon terme.
L'examinateur, qui n'avait manqué aucun moment de la scène, me déclara que j'avais merveilleusement effectué mon travail.