"L'homme est aveugle, fragile, comme un mur que ronge un insecte"-Baudelaire. N
J'avais désormais intégré la Communitas Lunae. Xavier m'en avait félicité mais je lui avais dit que je préférais ne pas y vivre tous les jours. Sa réponse avait été que j'y viendrais plus tard, qu'il pouvait me comprendre. Je me rendais donc à St- Gratien tous les deux jours après être passé à Nouvelles de France.
L'immeuble de la Communitas Lunae n'avait l'air spécialement luxueux. La façade était sobre, afin de ne pas trop attirer l'attention. Xavier m'invita à prendre l'ascensceur jusqu'au dernier étage. Les murs étaient d'un beige superbe et l'ambiance générale plus que séduisante. Cela devait indubitablement servir à enthousiasmer les nouveaux adeptes du fait de l'accueil qui leur était réservé. Je fus totalement ébahi par la beauté du lieu. Le thème de la lune était omniprésent.
Arrivé au dernier étage, le plus grand appartement reconverti en une pièce unique faisant office de salon où les discussions avaient lieu, tout le monde arrêta pour quelques minutes ses occupations pour me saluer. Cette denière pièce était, à l'image du hall, magifiquement décorée. Toutefois, l'ambiance était plus mystique. Je pense que cela atteste du caractère plus intime de l'entretien avec les adeptes et/ou des discussions menées. Cela devait signifier que quiconque entre dans cette pièce n'est déja plus considéré comme novice et a déja prouvé qu'il a mérité la confiance qu'il s'est vu attribué.
Les étages supérieurs étaient délabrés, négligés et en contraste avec le rez-de-chaussée. La pièce destinée aux simples adeptes, c'est-à-dire les non-cadres, était grande mais sale. L'odeur y était particulière et les installations de fortune : une trentaine de matelas étaient posés sur le sol. Il y avait tout de même une exception à cela : l'appartement des cadres ainsi que celui de Xavier -auquel je n'eus accès qu'une fois- était encore mieux amménagés que le hall de l'imeuble.
La vie que j'y menais l'après-midi était constituée de prières à l'égard du gourou. Toutes les deux heures, nous devions nous rendre de la salle où les adeptes discutaient en journée jusqu'à celle située au dernier étage afin de nous réunir autour d' une table afin de prier.
Le gourou rendait nos conditions de vie quasi-insupportable bien que je ne vivais pas tous les jours au sein de la secte. Outre nos prières auxquelles il n'assistait pas nécéssairement, il nous privait de sommeil ainsi que de nourriture. La pièce consacrée aux repas était pourtant remplie de nourritures auxquelles nous n'avions jamais eu la chance de goûter. Avant de commencer à manger, des pillules (qui devaient "libérer notre inconscient") nous étaient distribuées. Les adeptes avaient l'air plus détendus un quart d'heure après la prise. Dans mon cas, je la plaçais sous ma serviette et buvais un grand verre d'eau comme si je l'avais dans la bouche, ce qui dupait toujours Xavier et les cadres. Les repas étaient très courts, car nous devions sans cesse nettoyer les pièces, les ranger, et pour certains d'entre nous, "témoigner". Cela signife que les adeptes désignés pour cette tâche devaient se rendre aux sorties de métros, d'entreprises ou simplement dans la rue, en quête de nouveaux adeptes. Les adeptes maigrissaient à vue d'oeil et m'inspiraient de la pitié. Personne ne se plaignait de ces conditions de vie plus que difficile. Le gourou, quant à lui, ne se pliait pas à ces règles strictes ; d'ailleurs, il ne mangeait pas comme nous : il mangeait de la viande alors qu'il nous l'interdisait. Il était par ailleurs bien-en-chair, tout comme les cadres, alors que tous les adeptes n'avaient plus que la peau sur les os. Xavier et les cadres, après la dernière prière, allaient se coucher mais désignaient hebdomadairement un cadre pour nous surveiller, nous empêcher de dormir. Les adeptes qui vivaient quotidiennement à la Communitas Lunae avait des cernes, c'étaient de vrais zombis, ne sortant plus que pour chercher de nouveaux adeptes. Les adeptes avaient moins de possibilités physiques. Je pense que cela s'orchestrait de cette façon afin de conditionner les adeptes, de les "purifier spirituellement". Ils s'étaient tous accoutumés à ces vices et ne possédaient aucune envie de rebellion : ils n'avaient plus d'esprit critique.
Les conséquences sur l'individu engendrées par les sectes me semblaient désormais plus-que claires.
Voici également le témoignage de l'expérience sectaire raëlienne chez quelques individus parvenus à s'en sortir: