"Le Messie doit être le plus riche de tous les hommes" - Sun Myong Moon, fondateur de la secte Moon

Publié le par Michel Loiret

     La structure d'une secte repose sur une coupure entre le gourou, avec à ses côtés une sorte de "garde rapprochée" (tempérée cependant par l'existence d'échelons intermédiaires) dont le nombre se réduit au fur et à mesure que l'on progresse vers le sommet de la pyramide sectaire. Il s'établit alors entre ces échelons des liens complexes de dépendance, d'organisation, de distribution des rôles, de savoir, de pouvoir. Cette structure garantit l'existence de filtres efficaces restreignant l'accès au gourou et à son élite, qui gardent un isolement symbolique du pouvoir. Les adeptes sont récompensés de leur fidélité par une progression de la secte, qui, en réalité, ne fait que les rendre encore plus dépendants du groupe et accentue encore la difficulté de sortir de la secte. Ce passage à l'échelon supérieur fait souvent l'objet d'une cérémonie initiatique, elle aussi symbolique : la secte valorise l'individu qui gagne des responsabilité au sein du groupe. 

 

    Le gourou codifie ainsi les interdits, mais aussi les récompenses pour rendre les adeptes dépendants de sa seule volonté. Récompenses et punitions sont toujours très symboliques, et font elles aussi l'objet de cérémonies.  

 

    Le gourou a par ailleurs tendance à former une élite restreinte autour de lui, une véritable aristocratie pouvant violer les interdits établis par le goruou et qui s'appliquent  aux adeptes. La légitimité de ces violations vient du besoin de maintenir le monopole de la magie (ou du savoir, selon le type de secte). 

 

   La dimension symbolique, constamment présente dans le groupe sectaire, est un élément majeur dans la vie de l'adepte. Les membres de la secte emploient des termes particuliers pour se désigner entre eux, mangent, parlent et prient de façon ritualisée... L'individu au sein de la secte tire une gratification de ces codes comportementaux qu'il ne retrouve pas dans le reste de la société. Cette différence accentue la peur de l'adepte envers cette dernière. La sortie du groupe se complique encore, puisque le mode de vie dans le groupe sectaire est diamétralement opposée à celui du reste de la société. De nombreux témoignages d'anciennes victimes attestent de la difficulté à se réacclimater à des rapports entre les individu moins chaleureux, une hiérarchie moins clairement établies...

 

    Car la secte est avant tout un groupe social, une société dans la société. Pour les adeptes, il s'agit d'un refuge, d'une "forteresse puissante" comme le dit le gourou Aivanov. A l'intérieur les liens sont chaleureux, tout doit se dire, les conversations sont longues, l'écoute est constante. Pour le gourou, l'intérêt est de repérer rapidement les adeptes dont l'esprit critique commence à se réenclencher.

 

    Les rapports entre le gourou et l'adepte sont des rapports de domination/soumission. Le pouvoir est une relation entre les deux individus, le gourou faisant l'adepte en lui proposant des perspectives qu'il n'a pas dans le monde extérieur, l'adepte faisant du gourou un prophète, un professeur, et une véritable idole. Le gourou se moule ainsi sur les aspritations des adeptes en les incarnant. En l'acceptant et en l'adulant, les adeptes font le gourou et lui donnent du pouvoir sur eux. Ce dernier propose une oeuvre gigantesque, un projet de société qui nécessite un investissement massif, absolu des adeptes et qui légitimise l'abnégation de ceux-ci envers la personne du gourou.

 

     Dans les petits groupes, ce sont généralement la "garde rapprochée" qui organisent le culte, organisent les cérémonies de promotion à l'échelon supérieur, animent les débats, et transmettent aux cercles plus lointains la parole du gourou. Ils agissent en intermédiaire pour conférer au gourou une dimension messianique, ce dernier ne prenant la parole ou n'apparaissant que pour traiter des choses les plus graves.

 

    Dans les grands groupes plus anciens, au contraire, le gourou aime à apparaître devant de grandes foules d'adeptes, et s'appuie largement sur l'ivresse collective pour puiser de l'adoration chez ceux-ci. De nombreux discours et séminaires sont ainsi organisés. L'adepte, se voyant entouré par une si grande foule, est emporté par des émotions liées à l'effet de groupe. Le gourou s'appuie sur ce déferlement d'émotions pour tirer une légitimité de l'abnégation des adeptes.

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Publié dans Structure des sectes

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