"L'Histoire moderne a montré que l'utopie est mère de tout les totalitarismes." - Jacques Attali (N)

Publié le par Michel Loiret

    Le questionnaire que j'avais rempli lors du séminaire me demandait mon adresse. Ne sachant pas à quoi m'attendre de la part de la secte j'avais préféré donner une fausse adresse : une boite aux lettres, louée pour l'occasion. Je reçus donc par la poste une invitation pour un dîner avec le gourou et quelques-uns de ses "amis"  pour présenter tout ce que Communitas Lunae avait à nous offrir. Le dîner était à nos frais et coûtait 150 euros.

 

   Je me rendis donc au rendez-vous. C'était un luxueux restaurant dont le premier étage avait été privatisé. A mon arrivée, Xavier, le gourou, m'accueillit chaleureusement en me tapotant l'épaule et en m'assurant que, quel que pouvait être mon problème, ma présence ici était un premier pas vers sa résolution. Je m'assis donc comme tout le monde, autour d'une grande table ronde qui devait symboliser le fait que les membres de la Communitas Lunae  constituaient une grande famille. Trois adeptes de la secte étaient présents ainsi que sept autres potentiels membres. En réalité, ce petit dîner avait un but bien précis : analyser tous les futurs membres pour s'assurer qu'ils ne feront pas de tort à la secte et ne garder que les individus les plus fragiles émotionnellement, c'est-à-dire les plutable-ronde.jpgs manipulables. Les trois adeptes ne parlaient quasiment pas et devaient être là pour nous surveiller, d'où la forme circulaire de la table., où tout le monde pouvait voir tout le monde. Après un bref discours présentant la Communitas Lunae, Xavier nous invita à exprimer individuellement ce que nous venions chercher, ce que nous espérions trouver dans la secte.

 

     Les futurs membres semblaient avoir beaucoup de points communs. Ils avaient des problèmes d'ordre médical ou social, se sentaient mal dans leur peau et recherchaient quelque chose de nouveau pour les guérir. Quand ce fut mon tour de parler, m'attendant à ce genre de questions, je dis être atteint d'asthme. Cette dernière est une maladie qui, bien qu'elle ne soit pas des plus graves, ne peut être guérie par la médecine classique. L'un des adeptes me dit alors qu'il était lui aussi atteint d'asthme et espérait, grâce a la Communitas Lunae, pouvoir recommencer à faire du sport. Xavier approuva et ajouta une phrase qui fut reprise en cœur par les trois adeptes: "Il faut se donner les moyens de faire les choses, avec de la volonté j'arrive à tout". Cela semblait être une des devises de l'organisation. C'est alors qu'un homme d'environ quarante ans se leva. Cet homme parla de médecine,  prétendant que l'asthme ne pouvait être soigné de façon définitive. Xavier d'une voix douce et persuasive lui assura qu'il le pouvait grâce à une technique dont lui seul avait le secret. L'homme le traita alors de charlatan. Un des adeptes se leva et lui murmura quelque chose à l'oreille, ils sortirent. Quelques minutes plus tard l'adepte revint, sans l'homme.

 

    Je profitai de ce moment de flottement pour poser quelques questions à mon voisin de droite. Il s'appelait Thomas. Il me dit être très amoureux d'une fille, ils étaient en couple jusqu'à ce qu'elle décide de le quitter il y'a moins d'un an. Thomas ne s'était jamais remis de cette rupture. Il souhaitait entrer dans la Communitas Lunae pour retrouver confiance en lui. C'était le client idéal pour Xavier qui semblait, par ailleurs, lui prêter beaucoup d'attention.

 

   Quand le dîner prit fin, le gourou nous serra tous longuement la main, nous fixant du regard et nous assurant qu'il avait une solution à tous nos problèmes. 

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